3) La polémique

 


 Lorsqu'elle fut achevée, la Tour avait tout pour diviser: impie, républicaine, métallique, commémorant la Révolution, célébrant l'art des ingénieurs, elle heurtait esthétiquement, politiquement et religieusement. Tout de suite la polémique se crée autour de cette œuvre et deux clans apparaissent.

Tout d'abord l'idée d'une tour de très grande hauteur n'est pas attribuée à Gustave Eiffel, en effet de nombreuses personnalités comme Eugène- Melchior de Voguë établissent un lien entre cette construction et « la tour de Babel de célèbre mémoire » (Alfred Picard). Pour lui, cette idée « remuait obscurément depuis quelques années dans le cerveau des ingénieurs ». De plus, d'autres monuments de hautes tailles avaient été réalisés, par exemple, en 1837, Notre-Dame de Rouen se voit coiffer d'une flèche de 40 mètres. L'obélisque de Washington, élevé en 1876, est aussi pris en exemple, bien qu'il n'ait jamais atteint la taille prévue.


Mais la contestation la plus frappante est celle de février 1887; issue d'un ensemble d'artistes comme Alexandre Dumas fils, Guy de Maupassant, Charles Gounod, Leconte de Lisle, Victorien Sardou, Charles Garnier, Sully Prudhomme, William Bouguereau ou encore Ernest Meissonier, la charge qu'elle porte est féroce.

Cet écrit présente bien le fort mécontentement face à cette tour qui bafoue les règles de l'esthétisme, et comme à l'époque, elle était perçue comme un monument gâchant la beauté de Paris.

 


À ce pamphlet s'ajoute de nombreuses phrases ou expressions connues comme:


« ce lampadaire véritablement tragique ». (Léon Bloy)

« ce squelette de beffroi ». (Paul Verlaine)

« cette haute et maigre pyramide d'échelles de fer, squelette disgracieux et géant, dont la base semble faite pour porter un formidable monument de Cyclopes, et qui avorte en un ridicule et mince profil de cheminée d'usine ». (Guy de Maupassant)

« un tuyau d'usine en construction, une carcasse qui attend d'être remplie par des pierres de taille ou des briques, ce grillage infundibuliforme, ce suppositoire criblé de trous ». (Joris-Karl Huysmans)

Gustave Eiffel y répondra d'ailleurs rapidement en insistant sur l'intérêt technique qu'elle représente:


"Quant aux savants, les vrais juges de la question d'utilité, je puis dire qu'ils sont unanimes.

Non seulement la tour promet d'intéressantes observations pour l'astronomie, la météorologie et la physique, non seulement elle permettra en temps de guerre de tenir Paris constamment relié au reste de la France, mais elle sera en même temps la preuve éclatante des progrès réalisés en ce siècle par l'art des ingénieurs. "

 


Après l'exposition de 1889, plus les années passent, plus le nombre de visiteurs diminue,comme nous le montre le document suivant, Eiffel a peur qu'elle soit passée de mode. Elle est donc en danger, et on redoute son démontage. Un certain nombre d'adaptations vont donc être réalisées. La plate-forme du deuxième étage est agrémentée d'une galerie extérieure, tous les locaux commerciaux sont regroupés en un seul et unique endroit, un des ascenseurs est remplacé par un modèle plus moderne et enfin, l'éclairage électrique remplace l'éclairage au gaz qui était en place depuis le début. Un projet de transformation totale est même proposé par Henri Minderof pour l'Exposition universelle de 1900. Après des discussions acharnées, le parti de la conservation l'emportera et la Tour est définitivement sauvé. Mais la popularité de la Tour eiffel reste faible et il faut attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour que la fréquentation ne décolle.

 

 

 

 

Projet de transformation de la Tour Eiffel pour l'exposition universelle de 1900,


Par Henri Minderof

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site